Au jour le jour

AU   JOUR   LE   JOUR

1er Juin 2013

Chant, carmen , incantation, le poème n’est pourtant pas une manière d’écriture qui viserait à étêter la parole de son sens. En revanche, il en déplace les modes d’expression. Le poème qui pense, car le poème pense, ne le fait pas à la manière du raisonnement, mais en superposant à l’enchaînement des concepts et aux moyens de l’intelligence abstraite, ceux de la sensibilité, de la mémoire, du plaisir, de la musique, de la culture et de l’émotion et de bien autre chose encore. Un de ses modes auxquels je tiens est de laisser le monde parler à travers lui. Il ne dit pas qu’il pense, mais il laisse la pensée émaner de ce qu’il a rendu présent…

 

21 octobre 2013

Paradoxes, paradoxes, mais surtout vérité à examiner, car il faut bien trouver sa route, évidemment, comme toujours, au risque de se perdre…

J’apprends de mes amis peintres et musiciens, en particulier à partir une conversation d’hier soir avec Philippe, que le travail, si nécessaire à l’élaboration d’une œuvre, n’est pas suffisant. Qu’il est indispensable certes, culture et précision protégeant de l’illusion de découvrir chaque matin « l’Amérique », comme me le disait le cher Junec. Mais ce n’est qu’une nécessité absolue qu’il faut cependant faire passer au second plan afin que son matériau et son langage soient « enlevés ». Je dis « enlevés », soulevés peut-être, par leur propre puissance, qui permet, à de certains moments de s’abandonner à eux, comme s’ils avaient, en conformité avec quelque principe du monde et du vivre, leur propre dynamique et leur propre but. Je ne suis pas naïve au point d’ignorer que par là se dessine une vision du monde et, sans doute une espérance. Celle de penser que la liberté conquise par la main, la pensée, et leur influence sur le langage permettent  d’accéder à quelque élan qui vous dépasse et vous emporte. C’est peut-être ce que Paul Louis Rossi a quelquefois appelé devant moi le Duende. C’est peut-être la faculté de s’en remettre au souffle, d’autres époques ont dit inspiration. C’est à coup sûr la liberté de dépasser la prudence, les timidités, le trac, le labeur dans ce qu’il a de petit et précisément de laborieux, écheniller ses vers, disait René Char, et puisque j’ai voulu faire une déclaration de non-naïveté, je peux aussi me mettre à trembler devant ce que ces remarques impliquent sur le fond.

Se rendre. Rendre les armes, celles du labeur précisément. Se laisser soulever. Il y a là une conception du langage, rapportée au langage esthétique qui vient donner l’exemple, qui déborde tous les a priori du moi.

Rien à voir naturellement avec l’arrogance bornée de tous ceux, ils sont légions, qui rapportent bonnement leurs émois privés.

 

ETE 2012

Véracité, voracité parfois, de la poésie, parce qu’elle dit tout à la fois l’infini du désir et le décalage entre cet infini et la finitude de la contingence et de notre être.

ETE 2012

Alvaro de Campos, Pessoa, Poésie/Gallimard, p. 7 : Mais ce n’est pas toujours que je veux être heureux…

Cependant le poème se termine par un Ainsi soit-il, donc une acceptation de ce qui est, comme cela est, parce que la terre sent bon, une fois le oui et le non, le bonheur et le malheur confondus dans la bénédiction. Il y a évidemment provocation chez ce Portugais qui ne saurait être tout à fait étranger au catholicisme, mais au bout de la provocation , il y a reddition à la nature saluée comme un ordre, le seul qui vaille.

 

 

 

 

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